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Posts Tagged ‘plénitude’

Puis-je m’ouvrir vraiment à l’autre si je n’ai pas d’abord faire le vide en moi ? Tant que je ne suis pas parvenu à l’inconnaissance, je ne peux pas vraiment accompagner mon client. Tant que je n’ai pas abdiqué ce que je crois savoir, je ne peux que reproduire ce que je sais déjà. Et croyant savoir, je ne peux pas m’ouvrir à la nouveauté radicale de mon client.

Je le rencontre pour la première fois. C’est notre première séance. Il me parle de sa difficulté à gérer son temps, à séparer travail et vie personnelle. Et voilà qu’aussitôt j’entends monter en moi un refrain connu. Il raconte pendant que je farfouille déjà dans mon cerveau à l’intérieur de ma trousse à outils. J’écoute distraitement, je vois sans regarder… Dans cinq minutes, je vais sortir triomphalement le bon outil. Emballé, pesé… Oui, c’est surtout mon client que je suis en train d’enfermer et de ligoter.

Alors bien sûr, cette situation que cette personne m’apporte aujourd’hui peut évoquer en moi telle problématique ancienne déjà rencontrée chez un ancien client. Je ne peux pas m’interdire la résonnance avec le connu. Pourtant, il va me falloir refuser la connaissance pour être capable de prendre la mesure de la nouveauté absolue apportée par ce nouveau client, avec son identité unique, résultat d’un assemblage de particularités qui n’appartiennent qu’à lui.

Oublier son savoir et ses outils

La personne, qui me fait face aujourd’hui, me raconte une histoire unique dans le temps et l’espace, une histoire qu’elle fait sienne ici et maintenant. Mais demain ou dans quinze jours, à cause de cette séance peut-être, ou d’autres événements à venir, la même personne racontera une autre histoire, avec des causes et des conclusions différentes, avec des personnages et un paysage nouveau. Et moi, accompagnateur, je saurais dès la première fois, ce qu’il faut faire ? Comment le saurais-je dans cet espace et ce temps en mouvement permanent ? Risquerais-je par mon savoir trop vite établi de bloquer cette métamorphose déjà en cours ? Cette occasion de nouveauté et de changement manifestée par mon client peut au contraire être favorisée et multipliée en ouvrant simplement tous les possibles, sans enfermer mon client dès l’aube de notre relation à l’intérieur des murs de mon savoir théorique.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de jeter mes outils et brûler mes connaissances. Il faut juste savoir les oublier un temps. Renoncer à la sécurité de mes outils, c’est accepter l’humilité. Et c’est en même temps, accepter de revenir plus tard, humblement, à ces outils pour accompagner mon client en lui offrant la garantie que je ne me prends ni pour un idéologue de la technique et du savoir absolu, ni pour un gourou qui assujettit sa liberté et celle des autres à sa propre toute-puissance.

Renoncer à tout pouvoir

Oublier ses outils, c’est enfin renoncer au pouvoir que j’exerce sur l’autre, même à mon insu, c’est descendre au creux de l’oubli de moi-même. « Ne pas exercer tout le pouvoir dont on dispose, c’est supporter le vide », comme l’écrit Simone Weil.

Creuser en soi le manque pour pouvoir être rempli, telle est la première condition pour entrer dans l’accompagnement. Se disposer au manque, c’est créer en soi la possibilité de l’émerveillement. C’est en donnant une place totale à l’accueil de l’autre que je me mets en état d’être surpris. Tous mes sens sont alors en état d’alerte pour saisir le non-dit, la dissonance d’une phrase ou sa résonnance, la nuance d’un silence, l’infime variation qui modifie le teint du visage, le frisson imperceptible qui glisse à fleur de peau…

Il existe encore une autre raison pour faire le vide en soi, c’est de refuser la récompense qui viendrait dès le début du travail d’accompagnement. « Il faut être un temps sans récompense, naturelle ou surnaturelle », suggère Simone Weil. Cette récompense, je peux l’attendre de la réaction du client : parce que la personne commence à prendre conscience de son problème ou du travail à opérer, parce qu’elle exprime ce besoin de s’en sortir, alors je m’imagine qu’elle commence déjà à changer et qu’elle réalise une partie du problème grâce à mon accompagnement. Ah bon ? Est-ce si sûr ? Est-ce grâce à moi ? Ne suis-je pas en train de chercher ma récompense d’accompagnateur ? Je voudrais déjà qu’à la suite de mon écoute, d’un exercice, d’une simple phrase peut-être, mon client me dise : « C’est grâce à vous ! » Et me voilà récompensé. Mais de quoi ? De moi-même. Je me suis empli de moi-même. Et je deviens sourd, aveugle, insensible. J’ai volé à mon client jusqu’à son énergie.

Du vide à la plénitude

Alors qu’en offrant à mon client mon dénuement, je lui offre le plus beau des cadeaux : celui de visiter sa propre impuissance. En faisant le vide à son tour, il se déleste de ses solutions sans suite, de ses désirs avortés, de ses lendemains qui déchantent depuis trop longtemps. En se vidant des oripeaux du passé, il accumule des forces pour demain et permet au meilleur de lui-même de sortir des recoins pour entrer dans la lumière et éclore enfin dans la fraicheur de l’aurore.

« Alors avec toute la maladresse d’une recherche tâtonnante, il s’avance dans un égal dénuement et laisse surgir de lui ce que, en vérité, il souhaite et ce qui pour l’heure l’entrave, analyse François Roustang (2). Attendu dans une absence de savoir préalable, par lequel il redoutait peut-être de se voir enclos, il s’aventure à prononcer les mots qui le disent et il peut livrer alors ce qui lui tient le plus au cœur et au corps. »

Et mon client peut commencer à entrer dans la plénitude. Comme dit Simone Weil : « La grâce comble, mais elle ne peut entrer que là où il y a un vide pour la recevoir. »

(1) La pesanteur et la grâce. Ed. Pocket.
(2) La Fin de la plainte. Ed. Odile Jacob

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16e jour : Anne-Marie note dans son Journal des Merveilles :

« Aujourd’hui, je me sens belle… Et dans un désir d’être en accord avec moi-même, j’ai fait le tri dans ma garde-robe. »

Anne-Marie nous donne là une belle clé pour profiter des jours heureux, de ces jours où nous ressentons la plénitude nous remplir. Nous savons qu’il y aura plus tard des jours de désert, des jours gris qui nous vident et nous laissent sans désir. Jours essentiels cependant pour se vider de soi-même.

Mais les jours de plénitude peuvent aussi servir d’occasion pour vider le trop-plein : Anne-Marie fait le tri dans ses vêtements pour ne garder que ceux lui correspondant, ceux qui la rendent belle. Parce qu’ils sont en accord avec elle, ces vêtements épouseront la beauté de son être. Les autres, vieux, usés, démodés ou trop clinquants, sont à jeter ou à donner.

Profitons des jours heureux pour enlever en nous les vielles habitudes qui nous rendent laid et triste, pour jeter ces vieux masques qui nous défigurent, pour faire le tri dans notre garde-robe intérieur. Nous pourrons alors revêtir ces vêtements qui traduisent la vérité de notre être.

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02147924L’émerveillement provoque une émotion en trois temps. Cri, chant, silence. 

II – Le chant

Le cri de surprise passé, c’est littéralement le sentiment d’enchantement qui nous envahit. Notre corps et notre esprit se mettent à chanter. L’émotion positive que nous ressentons, nous allons alors la savourer.

Imaginez que vous êtes en train de lire un roman qui, soudain, vous émerveille : le héros vient de déclarer son amour en des termes qui vous bouleverse.  Ou bien imaginez-vous face à ce sportif qui vient de réussir un exploit, ou cet œuvre d’art qui vous étourdit par sa beauté, cette personne dont vous admirez l’attitude ou votre enfant qui vous fait fondre de tendresse… Passé le choc de l’émerveillement (le cri), c’est une sorte de plénitude qui vous envahit.

Cette plénitude peut se traduire différemment selon votre personnalité, le lieu où vous trouvez, la cause de cet émerveillement… Par exemple, à la lecture de ce roman qui, soudain, vous touche au plus profond, soit vous allez vous mettre à lire plus rapidement pour découvrir la suite, soit trop bouleversé vous suspendez votre lecture, et même peut-être allez-vous ralentir instinctivement pour savourer le texte.

Dans tous les cas, vous laissez votre cœur, votre corps, votre cerveau jouir de ce moment  « merveilleux ». Vous allez exprimer votre enchantement intérieurement ou à voix haute, voire chanter réellement !

Si vous êtes en présence d’une ou plusieurs personnes, vous allez peut-être partager votre émotion en expliquant ce qui vous arrive et pourquoi vous êtes ému. Et si vous êtes témoin d’un exploit sportif ou d’une performance artistique, vous allez vous levez, battre des mains, ou crier.

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