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02235701L’émerveillement provoque une émotion en trois temps. Cri, chant, silence.

III – Le silence

Le 3e mouvement de l’émerveillement est le plus lent : le silence. Il peut même se prolonger une vie entière, dans le silence des profondeurs.

Il est courant de lire ou d’entendre le terme « muet d’émerveillement« . Comme dans cette phrase de l’écrivain sud-africain André Brink dans Appassionata : « … J’étais capable […], une partition dans les mains, non seulement de rire mais aussi de pleurer ou de rester muet d’émerveillement. »

Ou encore, le récit par Howard Carter de sa découverte du tombeau de Toutânkhamon : « Au début, je ne voyais rien, l’air chaud s’échappant de la chambre faisant vaciller la flamme de la bougie. Mais bientôt, une fois mes yeux habitués à la lumière, des détails de la pièce émergèrent peu à peu de la brume, des animaux étranges, des statues et de l’or-partout, le reflet de l’or. Sur le moment-qui a dû sembler une éternité aux personnes qui m’accompagnaient-je suis resté muet d’émerveillement et lorsque Lord Carnarvon, incapable de supporter le suspense plus longtemps s’enquit anxieusement : « Vous voyez quelque chose ? » Tout ce que j’ai pu lui répondre fut : « Oui, des choses merveilleuses« . »

Silence des mots et de l’esprit

L’émerveillement nous laisse à proprement parlé « sans voix« . Le silence des mots « se déploie quand nous n’avons plus, justement, les mots, qu’une situation nous déborde ou nous laisse sans voix », affirme le psychanalyste Jacques Arènes. Dans les moments « où nous sommes amenés à nous transformer, les mots se font avares. Nous sommes alors plongés dans les prémices du langage. Les mots viendront plus tard, et ce qui est vécu précède ce qui pourrait être dit.« 

Mais le silence, nous l’avons tous remarqué, peut être d’une autre nature, se prolonger une vie entière et poursuivre son œuvre au plus profond de nous, de façon plus ou moins consciente. Au silence des mots, Jacques Arènes ajoute et distingue deux autres types de  silence : le silence de l’esprit et le silence du corps.

« C’est aussi le cas dans nos émotions esthétiques, note-t-il à propos du silence de l’esprit. Le beau instille le silence. La quiétude intérieure est alors gagnée, comme un polder sur la mer, au sein de ces signifiants qui nous traversent, dans le creux du langage. »

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