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Petites faimsPeut-on être heureux ? Cela s’apprend-il ? Faut-il gagne au loto ou devenir président de la République ? Et s’il fallait seulement apprendre à recueillir les minuscules miracles du quotidien, comme les appelle Marc Solal dans son livre si délicieux : Petites faims. Extrait du chapitre 2, où une mère écrit à son fils avant de mourir. Une recette à se transmettre de génération en génération.

“Ces dernières années m’ont comblée de bonheur. Chaque jour, je faisais une promenade jusqu’au hameau voisin, recueillant sur le chemin les minuscules miracles du quotidien : l’herbe blanchie par le givre, le reflet du ciel dans une mare, au loin, le son étouffé d’une cloche. Quand je revenais dans ma petite maison, j’allumais un feu de bois dont le crépitement était devenu la seule musique dont j’avais besoin. Je me préparais un repas simple : une soupe, un gratin, une salade de mon potager. Je passais la plus grande partie de la journée à lire près de l’âtre.

“Avant de quitter ce monde, je voulais te faire part de deux ou trois secrets. Te souviens-tu que tu me demandais toujours ce qui rendait ma soupe au potiron si délicieuse ? Il suffit d’y ajouter une ou deux châ¬taignes. Et mon risotto ne ressemblait à aucun autre car je remplaçais le vin blanc par du saké japonais. Pour réaliser mon fameux gigot de sept heures, ton plat favori, rien n’est plus simple : après l’avoir longuement massé avec un mélange d’huile d’olive, d’ail, de romarin, il faut y mettre quelques pincées de cannelle, de cumin, et surtout y ajouter le jus d’un citron. C’est ça le truc ! L’acidité du citron vient parfaitement souligner le goût de l’agneau. Voilà les petites astuces qui te permettront de retrouver les saveurs de la cui¬sine de ton enfance. [...]“

Vendredi 2 octobre a lieu, pour la deuxième année consécutive, la “journée des petits plaisirs”. Vous l’ignoriez ? Pas grave, vous y gagnerez en légèreté… à défaut d’un petit-déjeuner à Venise avec l’être aimé.

Il n’a rien laissé au hasard l’initiateur de la “journée des petits plaisirs”. Il a même créé pour l’occasion, un site internet : Petits-plaisirs.com. Et pas n’importe quel lieu virtuel ! Jugez plutôt : le site s’affiche comme le ”rendez-vous de la résistance où les militants clament haut et fort leurs engagements et revendiquent leur droit aux Petits Plaisirs au quotidien.”petit-dejeuner

Quel est le but d’une telle journée ? Donner “rendez-vous au grand public à travers toute la France avec pour seul objectif : partager des instants de bonheur et propager des ondes positives pour créer un immense mouvement de bonne humeur nationale”.

Rien moins que ça ! Alléchant, non ? Une telle initiative mériterait un jour chômé spécial…

1 000 € pour un petit matin à Venise avec l’être aimé ?

Mieux encore, en inscrivant sur le site quel est votre “petit plaisir”, vous pouvez en gagner la réalisation à hauteur de 1 000 €. Tiens donc ! Comment font-ils ? Parce que sur une des pages du site, on nous propose de voter pour notre “petit plaisir” préféré, par exemple : “Mon petit plaisir c’est…de me réveiller avec l’homme que j’aime.” Ma femme va-t-elle pouvoir gagner un p’tit bonheur de voyage à Venise pour 1000 € ? Remarquez, elle ne serait pas contre et moi non plus.

Vous pouvez voter aussi, accents mal placés compris, pour ”Mon petit plaisir c’est…de faire la sièste (sic) par un après midi d’étè (re-sic).” Moi aussi, ça tombe bien. Peut-être vais-je gagner un lot de hamacs pour 1 000 € ?

Cela vous paraît suspect ? Eh pourtant le site existe. Mais il n’est qu’une belle façade marketing… pour le Syndicat national de la Confiserie. En guise de “petit plaisir”, c’est surtout quelques grammes ou kilos en plus qui vous attendent.

Cela dit, j’en connais qui serait heureux de gagner 1 000 € de macarons… De là, à créer une journée nationale des petits plaisirs avec slogan et revendication. Je ne suis pas certain qu’il y ait un rapport entre cette création marketing et la notion d’émerveillement prôné par mon blog. Il manque à ces petits plaisirs deux ingrédients essentiels : gratuité et légèreté.

Les petits bonheurs du quotidien

Mais c’est le mot lui-même de plaisir qui me paraît un brin suspect. Je préfère le terme utilisé par l’un de mes clients récents, qui aimaient relever les ”petits bonheurs du quotidien”.

Ce client cherchait à retrouver l’énergie perdue, qui l’animait quelques années plus tôt et qui s’était envolée peu à peu jusqu’à disparaître à la suite de son divorce. Je l’avais invité à relever les émerveillements qui traversaient sa vie. Au mot “émerveillement”, il avait préféré ce terme de “petits bonheurs du quotidien”. Il s’était mis à les collecter, retrouvant une part de son énergie de jeunesse grâce à cette attention quotidienne.

Il n’y a pas gagné des kilos en plus, mais il a rechargé ses batteries à plein, retrouvant la joie et la simplicité légère des échanges avec toutes les personnes croisées au cours de la journée.

L’émerveillement requiert l’esprit d’enfance.  Il faut une âme d’enfant pour retrouver cette capacité à s’étonner de la nouveauté. L’enfant n’est pas encore blasé comme l’adulte, qui croit avoir tout vu du monde.

papa et son filsL’enfant s’étonne encore de découvrir une fraise des bois sur le bord du chemin ; il peut jouer des heures avec une feuille et un bâton qu’il transforme au gré de son imagination en bateau ou en drapeau ; il se jette dans les bras de sa maman à la sortie de l’école sans crainte du qu’en dira-t-on… Il porte sur les êtres et les choses un regard encore neuf. Une multitude d’événements insolites traversent sa vie et le bouleversent. Et il vit ces événements avec la totalité de tout son être. L’enfant il laisse libre cours à ses émotions sans les réfréner, son corps les extériorise, son esprit les boit littéralement, transformant ces événements en expériences inscrites sur le papier buvard de sa mémoire.

Jusqu’à quel âge l’enfant garde-t-il intacte cette capacité ? Tout dépend de l’entourage, de l’éducation, de son propre éveil et de sa capacité à ressentir. Je me souviens de mon fils aîné, qui, subjugué par la magnificence du paysage au cours de ses premières vacances d’été à la montagne quand il avait sept ans, s’était écrié : « Je n’ai jamais rien vu de plus beau de toute ma vie ! » Magnifique expression compte tenu de son âge, mais elle manifestait bien la force de l’émerveillement qui l’avait saisi tout entier.

Combien d’adultes ont su garder cette simple joie d’exister, qui constitue l’esprit d’enfance.  Comme le souligne Frédéric Gros dans son livre Marcher, une philosopMarcherhie, exquise invitation à la marche à pied et recueil des bienfaits, physiques, intellectuels et spirituels qu’elle apporte au marcheur :

« La marche, en nous délestant, en nous arrachant à l’obsession du faire, nous permet d’à nouveau rencontrer cette éternité enfantine. S’émerveiller du jour qu’il fait, de l’éclat du soleil, de la grandeur des arbres, du bleu du ciel.  Je n’ai besoin pour cela d’aucune expérience, d’aucune compétence. C‘est précisément pourquoi il convient de se méfier de ceux qui marchent trop et trop loin : ils ont déjà tout vu et ne font que des comparaisons. L’enfant éternel, c’est celui qui n’a jamais rien vu d’aussi beau, parce qu’il ne compare pas. »

C’est un jeune Rwandais prénommé Merveille qui m’apprit à découvrir la puissance de l’émerveillement dans ma vie et celle des autres. Une leçon de vie qui passe par le regard : considérer l’autre comme un prince, c’est lui ouvrir son chemin de liberté.

Tim GuénardAimer l’autre, c’est l’ouvrir à la vie, non le posséder. C’est le rendre à sa liberté et non l’enfermer dans notre propre égoïsme. De même, être capable de s’émerveiller face à ceux que nous rencontrons, c’est leur donner la liberté d’être totalement ce qu’ils sont. Accueillir l’autre (et c’est encore plus vrai pour l’autre quand il est blessé par la vie), c’est lui permettre de quitter ses masques sociaux, culturels ou professionnels pour être en vérité. Ainsi libéré, il peut reprendre sa route vers l’avenir.

L’une des plus belles leçons qui me fut donnée de ce point de vue, a eu lieu au cours d’un atelier d’écriture que j’animais pour des jeunes en grande errance sociale et professionnelle : Il y avait parmi eux un jeune Rwandais qui avait connu le génocide et dont le prénom était, cela ne s’invente pas : “Merveille“.

J’avais proposé à ces jeunes garçons et filles de travailler à partir du livre de Tim Guénard, Tagueurs d’espérance, dans lequel celui-ci raconte sa terrible enfance et son chemin de résurrection : comment lui, Tim, ce pauvre gosse battu par son père, livré aux errances de la rue, est devenu cet être accompli, aimé et admiré de tous, qui recueille dans sa ferme d’apiculteur, des jeunes en difficulté qui lui sont confiés par la justice, et comment il les remet sur le chemin de la vie et de l’espoir. C’est pour eux qu’il a écrit ce livre, « pour tous ceux qui ont des cœurs chiffonnés, des mémoires cabossées, qu’ils puissent aller au goutte-à-goutte de l’espérance pour ne pas subir le destin mais pour rebondir et innover ».

Au début de mon atelier d’écriture, ce matin-là, je lisais donc des passages choisis du livre de Tim. Quand j’en suis arrivé aux pages où Tim Guénard parlent de ces jeunes qu’ils accueillent, quel que soit leur passé, quel que soit leur look, et où il explique qu’il les regardent comme des princes qui l’émerveillent, j’ai vu se dessiner sur le visage de Merveille un sourire immense tandis que tout son corps se redressait et se déployait : pour la première fois de sa vie, son prénom prenait pour lui tout son sens : il était Merveille et cela voulait dire quelque chose. Quelque chose d’infiniment beau. Découvrant le sens de son prénom, Merveille pouvait enfin commencer à être lui-même. Il pouvait commencer à vivre.

En même temps lui aussi m’offrait un cadeau et m’ouvrait un chemin de vie, celui de découvrir la puissance de l’émerveillement dans ma vie et celle des autres.

8717264815e jour, 3e feuille (jaune). Anne-Marie note dans son Journal des Merveilles :

« Organisation des vacances : coups de fil, mails, sites internet, invitations reçues et lancées… Je me sens vivre ! C’est bon d’être en projets. »

Ce sera l’une des conséquences majeures du changement opéré par Anne-Marie au fil de nos séances de coaching : faire à nouveau des projets. Projets qu’elle mettra peu à peu en pratique.

En tenant son Journal des Merveilles, Anne-Marie prend conscience qu’elle regarde à nouveau vers l’avenir. Elle se sent plus légère. Elle sort peu à peu de cette état invalidant qui nous plombe et nous assombrit quand nous tournons en rond en remâchant le passé.

Nos séances de coaching permettent à Anne-Marie de prendre du recul et sortir du cercle traumatique. Et son Journal des Merveilles lui fait prendre conscience que du coup, elle avance enfin, que la vie bouge en elle et autour d’elle.

A tel point que le 16e jour, elle écrit :

« Aujourd’hui, je me sens belle ! Et dans un désir d’être en accord avec moi-même, j’ai fait le tri dans ma garde-robe. »

84089875Comment l’émerveillement vient-il ? Comment naît-il en nous ? Faut-il le vouloir, le faire advenir, se mettre « en état de » sentir l’émerveillement ?

Bref, y a-t-il une ou plusieurs méthodes  ? Une trousse à outils, un recueil de trucs et astuces pour émerveillement assuré ? Une science, estampillée par des experts ?

Et s’il n’y avait tout simplement pas de méthode pour se mettre en état d’émerveillé…

S’il s’agissait seulement de tout oublier.

S’il fallait d’abord et surtout savoir attendre.

Pas de méthode ? Y aurait-il contradiction avec ce que j’ai écrit, notamment Comment apprendre à voir des miracles dans le banal ? Non, il n’y a pas opposition. Car bien sûr il y a des moyens pour apprendre à découvrir comment s’émerveiller et comment sortir de nos vieux schémas invalidants et traumatiques. Oui, nous pouvons apprendre à changer notre regard et décider de suivre des chemins de vie, plutôt que ces voies mortelles dans lesquelles nous tournons en rond en remâchant le passé et notre statut de victime.

Décider de changer, c’est bien le préalable indispensable. Même si la décision suit des étapes aux périodes parfois longues et prend des formes variées selon les personnes, la décision de changer venant parfois presque malgré nous à la suite d’un traumatisme, d’une maladie, d’un accident, d’une épreuve violente.

Etape. Le mot est essentiel. Et quand je parle d’apprendre à attendre pour connaître l’émerveillement, je parle de cette première étape.

Qu’est-ce qui m’émerveille ?

Je ne le sais pas toujours.

Je ne le sais pas tous les jours.

Il y a des aubes grises, des après-midi sans soleil et des soirées solitaires. Il y a des moments où je n’entends plus le chant du monde, où je trouve l’autre et moi-même si lourds à porter.

S’ouvrir à l’inconnu

Comment faire ? Il n’y a plus aucun moyen qui vaille dans ces cas-là. Il ne me reste plus qu’à me mettre en état d’attente. Pas une attente inerte, mais une attente active : je me mets en disponibilité, j’ouvre mes sens à l’inconnu, à ce qui va advenir et que j’ignore encore.

L’autre, mon conjoint, mon collègue, mon enfant me plongent dans un état de stress, de tristesse ou de agressivité. Le même, qui la semaine ou l’année dernière me donnait des ailes et s’accordait « à merveille » à mon rythme, est aujourd’hui un facteur de réaction traumatique. Comment est-ce possible ? Et me voilà qui remâche intérieurement : il ou elle agit comme ça parce qu’il ou elle est toujours ceci ou cela, il ou elle ne changera jamais, etc.  Me voilà englué dans le cercle traumatique du ressassement intérieur, des phrases automatiques, des émotions négatives et des réactions décalées.

Plutôt que de réagir justement, je peux me mettre en état d’attente. Attendre sans rien attendre. Sans attendre ce que je crois savoir, ce que je crois connaître par cœur de moi et de l’autre. Ce moi et cet autre que je connais pourtant si mal en réalité.

Mais attendre, ça veut dire quoi ?

C’est la même question que pose un interlocuteur imaginaire dans l’ouvrage de François Roustang : Savoir attendre. Pour que la vie change. Et l’auteur lui répond :

« Pour le savoir, tu devrais te taire cinq minutes et te mettre en suspens, comme si tu étais un oiseau qui plane ou même un oiseau qui est arrêté dans l’air, ne sachant même plus s’il vole ou ne vole pas, s’il est là ou s’il n’est pas là. Il ne s’occupe plus de savoir ni ce qu’il est, ni ce qu’il veut, ni ce qu’il fait. »

Et son interlocuteur, après quelques minutes de silence, répond :

« Ah, mais ce n’est pas mal du tout. Je me sens calme… À vrai dire, je ne me sens rien du tout. »

Et le dialogue continue :

« - L’autre jour, quelqu’un m’a dit lors d’une séance : “Quand on est comme ça, on n’a plus d’humeur.” On ne se préoccupe plus de savoir si on a bien ou pas bien, si on est content ou pas content.
- Mais on ne peut pas rester comme ça tout le temps
- Bien sûr, mais tout de même ça peut durer comme si nous étions sans cesse en contact avec un fond, une base. Les agitations de la mer en surface n’empêchent pas qu’il y ait du silence loin en dessous. Et puis, on s’aperçoit que les choses qui nous troublaient dans notre existence, qui étaient plus ou moins en désordre, qui brouillaient notre vue, on s’aperçoit que ces choses sont mieux en place les unes par rapport aux autres. Surtout, on est plus disponible pour prendre d’un bon côté les événements. »

Voilà ce que je vous propose. La prochaine fois que vous vous sentez entrer en état de réaction négative et invalidante, prenez le temps d’attendre. Attendre avant d’agir. Attendre pour laisser naître en nous ce qui nous correspond profondément. Attendre pour nous ouvrir aux merveilles au fond de nous et aux merveilles à l’extérieur de nous.

 

Quelques heures de fièvreUn extrait du récent roman d’Isabelle Desesquelles : Quelques heures de fièvre (Editions Flammarion), constitue une belle leçon de vie et d’émerveillement :

Vous avez enchanté mon enfance. Grâce à vous, tout devenait gourmandise : la floraison des camé­lias, le passage des hirondelles, un orage d’été, les bogues éclatées des marronniers en automne.

  1. Qu’est-ce qui nous émerveille ?
  2. Qu’est-ce que cela change dans nos vies ?
  3. Savons-nous pourquoi et comment cela change quelque chose dans nos vies ?

Se poser ces questions et y répondre permet de prendre conscience de notre capacité d’émerveillement et du processus de changement qu’il provoque en nous. Se les poser de nouveau quelque temps plus tard peut nous aider à réaliser ce qui change, mais aussi ce qui demeure en nous et qui constitue notre être profond, c’est-à-dire ces valeurs qui guident notre vie.

Ces trois questions, posées à tous ceux qui veulent bien y répondre, seront publiées dans ce blog. N’hésitez donc pas à y répondre pour vous-mêmes et, si vous le souhaitez, à laisser votre commentaire.

 

Les réponses d’Armelle, mariée et mère de famille

 

Qu’est-ce qui t’émerveille ?

Tout ! Un coucher de soleil , le sourire d’un enfant, une fleur qui pousse, la nature qui s’éveille après un long hiver, l’oiseau qui pépie, mon fils — le voir devenir un adulte –, le sourire de Pierre après plus de 22 ans de mariage !… L’éventail est large et cela dépend de ce que je rencontre sur ma route dans la journée.

Qu’est-ce que cela change dans ta vie ?

Cela me rend joyeuse et me met de bonne humeur pour le restant de la journée ; m’émerveiller, c’est ma façon de prier et de remercier Dieu pour tous ses dons.

Sais-tu pourquoi et comment cela change quelque chose dans ta vie ?

Pouvoir s’émerveiller, c’est garder son âme d’enfant, se rendre compte de la beauté de chaque instant et en profiter. La vie est si fragile.

 

Cadeau« Je soutiendrais volontiers que les remerciements sont la plus haute forme de pensée et que la gratitude est un bonheur doublé d’émerveillement », assurait l’écrivain anglais G. K. Chesterton, qui garda toute sa vie un sens très juvénile de l’émerveillement, joint à un sens formidable de l’humour.

Selon lui, on ne manque jamais d’être heureux, car à chaque coin de la rue, un nouveau cadeau attend de nous surprendre. L’émerveillement nous attend à chaque instant si nous nous sommes mis en état de disponibilité, prêts à être surpris par ce qui nous entoure. L’émerveillé est le contraire d’un blasé : il est prêt à voir en toutes choses, en tout être du nouveau, de l’inattendu.

Mais comment arriver à cet état permanent de disponibilité au merveilleux, sans que ce sentiment ne devienne factice ou vaine tentative ? Pour Chesterton, « le test de tout bonheur est la gratitude ». Et cette gratitude consiste d’abord à savoir dire merci pour le don de la vie. « Les enfants sont reconnaissants quand le Père Noël dépose dans leurs bas des jouets ou des friandises, écrit-il dans Orthodoxie. Pourrais-je ne pas être reconnaissant envers le Père Noël d’avoir mis dans mes bas le cadeau de deux jambes merveilleuses? Nous remercions pour les cadeaux d’anniversaire [...] Ne puis-je remercier personne pour le cadeau d’anniversaire de la naissance ? »

Comment être reconnaissant sans quelqu’un à remercier, se demandait Chesterton ? Cette question fut l’une de celles qui l’amena à se convertir au catholicisme à l’âge de quarante-huit ans. Que l’on soit croyant ou pas, être conscient du cadeau qu’est la vie est en tout cas le premier pas vers l’émerveillement.

GratitudeEt si l’émerveillement avait quelque chose à voir avec la gratitude ? Comme si pour apprendre à s’émerveiller, il fallait d’abord savoir dire : merci !

Quand je m’émerveille devant la lumière du soleil jouant dans les feuilles d’un arbre, l’odeur de terre humide sous la pluie du printemps ou le sourire tendre qui élargit les rides affectueuses d’une femme âgée, serait-ce donc un sentiment de gratitude qui m’amène à l’émerveillement ?

C’est ce affirme le psychologue américain Robert Emmons, qui a consacré sa carrière à la question de la gratitude :

« En route pour le travail, un jour ordinaire, voici que nous remarquons pour la première fois la beauté d’un lever de soleil, une prairie couverte de fleurs printanières, ou une formation d’oies migratrices en plein vol, et un émerveillement baigné de gratitude nous envahit soudain. »

Dans son livre Merci ! Quand la gratitude change nos vies (Editions Belfond, 2008), il assure que « la gratitude est une conscience lucide de recevoir quelque chose de bon. En l’éprouvant, nous nous rappelons les contributions des autres à notre bien-être. »

Recevoir la vie comme un cadeau

Mais qu’est-ce la gratitude ? D’abord une constatation du bien dans notre vie. « Avec la gratitude, nous disons oui à l’existence », remarque Robert Emmons. En second lieu, la gratitude est une reconnaissance du fait que la source de ce bienfait se trouve au moins en partie à l’extérieur de nous-mêmes : les autres personnes, Dieu, les animaux…

Emmons souligne également un des aspects essentiels de la gratitude, qui me paraît rejoindre de près la notion d’émerveillement, c’est le concept d’avantage immérité. Quand j’éprouve de la gratitude, je reconnais en effet n’avoir aucun droit attitré à recevoir ce cadeau ou ce bienfait reçu.

Même phénomène quand je m’émerveille : je reçois en moi quelque chose de totalement gratuit : le lever de soleil m’est donné gratuitement, je l’accueille sans aucun mérite de ma part, sauf peut-être de m’être levé plus tôt pour l’apercevoir et de m’être mis en état de le recevoir. Mais la beauté du soleil levant m’est donnée comme une grâce. Or la grâce ne se mérite pas, elle se reçoit comme un libre don. En somme, pour s’émerveiller, ne faut-il pas commencer par apprendre à recevoir simplement ce qui nous est donné et dire « merci ».

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